[Challenge ABC] C – Carrière, Jean-Claude – La controverse de Valladolid

Je profite du Challenge ABC pour lire les bouquins qui traînent dans la bibliothèque et que je n’ai pas encore lus… pour la majorité, ceux de Pierre, éparpillés ça et là parmi les miens 🙂

La Controverse de Valladolid en fait partie. La quatrième de couverture est pour une fois assez représentative du contenu du livre, donc je vais la citer sans plus de scrupule :

En 1550, une question agite la chrétienté : qui sont les Indiens ? Une catégorie d’êtres inférieurs qu’il faut soumettre et convertir ? Ou des hommes, libres et égaux ? Un légat envoyé par le pape doit en décider. Pour l’aider, deux religieux espagnols. Tout oppose Ginès de Sépulvéda, fin lettré, rompu à l’art de la polémique, et Bartolomé de Las Casas, prêtre et homme de terrain ayant vécu de nombreuses années dans le Nouveau Monde. Le premier défend la guerre et son cortège d’atrocités au nom de Dieu. Le second lutte contre l’esclavage des Indiens.

Ce petit (250 pages, à peu près) livre se lit à la vitesse V. Les incultes comme moi qui n’avaient à peu près jamais entendu parler de ces événements verront enfin de quoi il s’agit. Tout le bouquin se structure autour de dialogues, principalement entre les deux protagonistes de l’affaire. Ça rend l’ensemble assez vivant et j’ai beaucoup apprécié la rhétorique employée. Et… la petite dizaine de pages de la fin laisse un peu « sur le cul ».

Carrière indique en préface qu’il n’est pas certain, historiquement, que les deux hommes se soient rencontrés et que certains éléments « dramatiques » sont le fait de la narration romancée. Cependant, il estime les arguments théologiques avancés dans l’ouvrage comme fidèles à la réalité qui a été retranscrite.

Bref, une lecture agréable et intéressante.

[Challenge ABC] B – Bukowski, Charles – Contes de la folie ordinaire

Bukowski me hante depuis que je suis au lycée. J’étais alors rédac’chef du (petit) journal du (petit) lycée, qui s’appelait le Léonard et qu’on vendait 2F à la récré pour rentrer dans les frais des photocopies.

Une copine à moi, Diane, avait écrit un article/critique de livre sur Bukowski et il me semble bien que c’était sur celui-ci. À la lecture de sa critique (Diane écrivait très bien. Je me demande ce qu’elle est devenue.), j’ai reculé. J’ai pas osé lire le bouquin.

Dix ans après, je ne regrette pas d’avoir attendu. C’est pas un bouquin à faire lire à une môme de quinze ans (surtout à moi à quinze ans 🙂 ). D’ailleurs, le titre anglais, Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness serait peut-être pas passé dans le journal du lycée (le proviseur avait un droit de regard dessus avant publication).

Que dire ? J’ai reproché à Beigbeder (du peu que j’en ai lu, c’est à dire un bouquin dans le challenge de l’an dernier) de faire du « trash pour le trash ». La même « critique » s’applique à Bukowski. Sauf que le personnage de Bukowski, en soi, me paraît bien plus crédible dans ce rôle que Beigbeder qui passe un peu trop bien à la télé. Ah, et Bukowski est bien plus drôle et cynique.

Bref, on va dire que je me suis surprise à bien aimer. C’est un bouquin de très courtes nouvelles, on les apprécie forcément plus ou moins… J’ai un faible pour Le Petit ramoneur où le narrateur se voit… rétrécir.

[Challenge ABC] A – Asimov, Isaac – La Mère des mondes

La Mère des mondes est un recueil de nouvelles d’Asimov qui avait jusqu’ici échappé à mon attention ; il a dû m’être proposé par Amazon dans les trucs qui « peuvent potentiellement vous intéresser, sortez votre carte bleue » – bon, faut dire que sur Amazon, ils sont pas mauvais là-dessus 🙂

Bref, je l’avais acheté, je sais pas pourquoi j’avais pas encore pris le temps de le lire (probablement oublié), voilà qui est réparé.

La Mère des mondes est un recueil « typique » d’Asimov, avec commentaires avant et après chaque nouvelle. C’est intéressant, à la fois du point de vue biographique de l’auteur (qui en fait des tonnes, comme à son habitude, mais c’est pas nouveau qu’Asimov avait l’égo de la taille d’une planète, suffit de lire I, Asimov pour en être convaincu) et du point de vue du « marché » de la SF à la fin des années 40. C’est aussi souvent assez amusant. Bref, s’il y a des gens qui sautent les commentaires par principe, tentez ceux-là (ceux d’Asimov entre ses nouvelles en général, pas forcément ceux du bouquin), je trouve qu’ils en valent la peine.

La première nouvelle, Cul-de-sac, est à ma connaissance une des rares nouvelles d’Asimov qui met en scène des aliens (intelligents) non humanoïdes. Ceux-ci sont « parqués » dans une espèce de zoo avec tout le confort possible (ou pas) et ce à des fins d’étude. La nouvelle est construite par une alternance entre dialogues et « notes de service » et est une jolie démonstration de la phrase quasi finale de la nouvelle : « Un gouverneur capable peut travailler dans les limites de la paperasserie administrative et obtenir quand même ce qu’il veut ». La forme de cette nouvelle est peut-être la raison pour laquelle je n’avais pas encore lu ce recueil de nouvelles, qui commence par une de ces « notes de service » à l’aspect pour le moins rébarbatif 🙂 Mais la nouvelle est sympa.

La seconde nouvelle, Aucun rapport, se déroule dans un futur lointain – la description des « américains moyens » est intriguante (mais pas très longtemps) et les « ancêtres » trouvés dans les fouilles archéologiques nous ressemblent plutôt ! Elle a très peu de commentaires d’Asimov, et c’est à mon avis la nouvelle la plus faiblarde du recueil.

La troisième est un « classique » au sens où c’est probablement une des anecdotes préférées d’Asimov et qu’on la retrouve dans plusieurs bouquins. Je n’avais en revanche jamais lu la « nouvelle » correspondante, intitulée Les Propriétés endochroniques de la thiotimoline resublimée. Asimov était en thèse de chimie au moment où il a commis ça et, à ce qu’il raconte, il avait un composé qui se diluait vite au point d’avoir pensé « Si ce truc se diluait plus vite, il le ferait AVANT de toucher l’eau »… Et ça a donné un faux papier de recherche avec le titre indiqué. Au moment de la publication, Asimov allait soutenir assez rapidement et avait demandé à son éditeur de publier le papier sous un pseudonyme… et évidemment l’éditeur a oublié… En tous cas, un bon moment, et apparemment un truc repris relativement souvent, par lui-même et par d’autres, si j’en crois l’article de la Wikipédia associé au composé en question

La quatrième a pour titre La Course de la reine rouge, en référence à Lewis Carroll. C’est une enquête sur la disparition de la charge nucléaire d’une centrale, pas forcément sans rappeler les nouvelles publiées dans les Histoires mystérieuses. Avec des vrais morceaux de voyage dans le temps dedans 🙂 Je crois que c’est ma préférée dans ce recueil.

La cinquième et dernière, qui donne son titre au recueil, se situe chronologiquement avant les Cavernes d’acier et ses « suites » mais n’est pas forcément très cohérent avec le contexte décrit dans les Cavernes. Elle raconte le Projet Pacifique, une guerre entre la Terre et les Mondes Extérieurs (les Spaciens ! 🙂 ) où les vainqueurs ne sont pas forcément ceux que l’on croit… Une lecture sympathique.

Voilà, j’aurai lu cinq nouvelles de plus d’Asimov. Je crois qu’il m’en manque encore pas mal…

Le retour du challenge abécédaire

Le challenge ABC (rebaptisé parCécile (au fait, je crois que je vous ai pas encore parlé du blog de Cécile, vaste capharnaüm fort sympathique à l’image de sa propriétaire (heu, le sympathique, pas le capharnaüm, je me permettrais pas) et très prolifique…) « challenge abécédaire », c’est vrai que c’est plus joli) (faut que je me calme sur les parenthèses) (où j’en étais) (ah oui, le challenge abécédaire) consiste à indiquer en début d’année une liste de 26 bouquins à lire, avec une lettre par nom d’auteur : A comme Asimov, B comme Bradbury, C comme Clarke, bref, vous voyez l’esprit.

Bon, j’ai nettement pas fini le challenge 2007… donc je me suis pas cassé la tête pour 2008, j’ai plus ou moins repris ceux que j’avais pas lus en 2007 et complété. Je m’étais posé l’an dernier comme contrainte supplémentaire de ne mettre que des auteurs que je n’avais pas lus ; là, vu l’état des finances après le déménagement, j’ai essayé de récupérer un certain nombre de bouquins de ma pile à lire !

Toujours est-il que la liste pour 2008 est .

[Challenge ABC] Y – Yazawa, Ai – Nana, tome 1

Le premier tome de Nana est un premier tome de manga assez classique, au sens où il pose les personnages que l’on verra évoluer pendant plusieurs tomes (à ce jour 18, dont 16 traduits en français). Les deux personnages principaux, Nana et Nana, font tous les deux l’objet de deux histoires pour l’instant parallèles. Obliqueront-elles pour se croiser, c’est la question qui se pose à la fin du premier tome 🙂

La première histoire présente une Nana qui a une tendance certaine aux coups de foudre à répétition, ce qui lui pose quelques problèmes faciles à deviner. Son amie Junko commence à désespérer un peu de son cas… Elle finit par rencontrer quelqu’un (Shoji), décide d’en « faire d’abord un ami » (ce qui posera d’autres problèmes de quiproquos à la noix). Ils décident tous (Nana, Shoji, Junko et Kyosuke (le copain de Junko) ) de tenter les concours des écoles d’art à Tokyo. Nana et Shoji échouent tous les deux, Nana décide d’attendre un an dans sa ville natale tandis que Shoji reste à Tokyo pour repasser les concours l’année suivante. La seconde histoire est celle d’une Nana chanteuse d’un groupe qui commence à avoir un peu de succès. Manque de pot, le guitariste principal et accessoirement son copain décide de monter à Tokyo tenter sa chance avec un autre groupe qui a signé avec un label mais perdu son guitariste entre temps.

Tout ça fait donc un manga « deux en un », qui donne plutôt envie de continuer – savoir ce qu’il arrive à nos deux héroïnes et si elles vont finir par se rencontrer, et si oui… pourquoi ? Et qu’est-ce qu’il va se passer ? D’autant plus envie de continuer que le dessin est très agréable à regarder il faut bien le dire.

[Challenge ABC] K – Khadra, Yasmina – L’Attentat

Amine Jaafari, arabe vivant en Israël, est chirurgien. A la suite d’un attentat, il passe plusieurs heures à soigner les blessés. Après une journée harrassante, il rentre chez lui. Le téléphone sonne à trois heures du matin : on lui demande de venir identifier sa femme, que tous les indices désignent comme la kamikaze aux origines de l’attentat. Amine a bien sûr du mal, d’abord à accepter la vérité, puis à essayer de comprendre pourquoi et comment sa femme Sihem, qui avait toutes les apparences du bonheur, en est venu à de telles extrêmités. Il suit les traces des derniers endroits par lesquels sa femme est passée et trouve sur sa route aussi bien des gens qui veulent l’intimider que des gens voulant lui faire comprendre le geste de sa femme.

Là où Amine pensait trouver un élément déclenchant, un endoctrinement, une folie passagère, il comprend à quel point les idéaux de sa femme et les siens étaient éloignés. Et là où il cherche le « pourquoi », il ne trouve que le « c’est comme ça », destin fatal auquel on ne semble pas pouvoir échapper…

Le thème du conflit israélo-palestinien est un thème difficile à traiter dans un roman, peut-être parce qu’encore cruellement d’actualité. Yasmina Khadra s’en sort plutôt bien, principalement à mon avis grâce à des personnages, si pas attachants, du moins intéressants voire compréhensibles de tous les côtés. L’ensemble se lit bien et vite ; je regrette un peu le manque d’empathie (de ma part) vis-à-vis du personnage principal, surtout criante dans la scène finale du bouquin. En bref, un roman qu’il ne me serait probablement pas venu à l’idée de lire en première intention, mais dont je ne regrette pas la lecture.

[Challenge ABC] B – Beigbeder, Frédéric – Nouvelles sous ecstasy

19h30, sortie de la FNAC.

19h40, arrivée sur le quai du RER, cogitation intense parmi les 6 bouquins que je viens d’acheter pour le challenge.

19h41, j’attrape Nouvelles sous ecstasy, de Frédéric Beigbeder. J’avais jamais lu de Beigbeder. Regardant assez peu la télé, j’avais assez peu d’opinion sur ce type, à part la vague impression quand même d’une certaine omniprésence agaçante sur les ondes. Du coup, j’avais jamais sauté le pas d’ouvrir un de ses bouquins, probablement un peu par réaction, et finalement le challenge ABC m’a permis de faire ma culture.

20h00 : sur ces réflexions, j’arrive sur le quai d’Orsay, j’ai déjà fini le bouquin. Bon, un bouquin de 85 pages hors préface et avertissement, c’est pas vraiment étonnant non plus 🙂 Avis général sur le recueil : ya de très bonnes choses, mais globalement… j’ai du mal tout de même.

Allez, petite critique nouvelle par nouvelle

  • Spleen à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle : pour une ouverture de recueil, c’est un peu le plongeon. Une nouvelle toute en questions, une ambiance délirante au début, mélancolique à la fin… pas ma préférée, mais un style sympa.
  • Un texte démodé : j’ai pas bien compris là où il venait en venir, mais j’ai bien aimé « Peut-on penser comme Baudelaire avec les mots de Bukowski ? ». Et, globalement, c’est un peu l’idée que m’a laissée ce recueil : quelques vraies perles, drôles et bien vues, au milieu de… de on sait pas trop quoi.
  • Le jour où j’ai plu aux filles : fait justement partie des vraies perles. Pareil, je me suis d’abord demandée où il voulait en venir, à part à faire du porno gratos (pourquoi pas, hein), mais les deux derniers paragraphes sont superbes 🙂
  • La première gorgée d’ecstasy : ou comment raconter un trip à l’ecsta et la redescente. Beaucoup aimé « Je suis Wolfgang Amade-House » et « Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour entrer dans le Lagarde et Michard » 🙂
  • Manuscrit trouvé à Saint-Germain-des-Près : celle-ci raconte la « chute du mur de Saint-Germain » (avec en gros les riches dedans et les autres dehors) et m’a laissée très mal à l’aise, je sais pas trop pourquoi. Probablement un contrecoup des élections, faudra que je la relise.
  • Le cafard après la fête : vois pas l’intérêt.
  • L’homme qui regardait les femmes, 1 : vais plus oser me mettre en maillot de bain à la plage moi. En même temps, j’ai plus 16 ans.
  • Comment devenir quelqu’un : c’est l’histoire d’un chauffeur qui décide d’avoir son quart d’heure de célébrité. Là encore, les 15 dernières lignes sont terribles. C’est ma préférée d bouquin.
  • Le Plus Grand Écrivain Français Vivant : c’est l’histoire d’un mec qui se bourre la gueule et à la fin on apprend pas qui c’est. Soit.
  • La nouvelle la plus dégueulasse de ce recueil : la provoque pour la provoque, clairement. Mais une réflexion intéressante sur « que sommes-nous prêts à faire par amour », et jusqu’où peut-on aller. Gore, mais intéressant, on va dire. Et on y apprend que « le point-virgule est une chose très érotique ».
  • L’homme qui regardait les femmes, 2 : j’aime bien les références à Hitchcock et à Jane Birkin, j’ai du mal avec la ponctuation deux-pointistes.
  • Extasy à Go-Go : c’est plutôt celui-ci à mon avis qui aurait mérité le titre de la « nouvelle la plus dégueulasse de ce recueuil ». Balade en Thaïlande avec tous les poncifs du genre… J’avoue, je suis jamais allée en Thaïlande. J’ai quand même du mal à croire que ça ne soit qu’« un bordel géant qui porte le nom de Thaïlande ». Dans le contexte d’un bordel « normal » (où on nous répète pas toutes les trois lignes que « c’est comme ça en Thaïlande mon brave monsieur ») la nouvelle m’aurait probablement moins dérangée. Mais elle aurait probablement loupé son but aussi, du coup 🙂
  • La première nouvelle d’« Easy Reading » : ça sent la tentative de nouvelle à chute, mais à chute ratée. Dommage.
  • La solitude à plusieurs : une dernière nouvelle un peu déprimante pour finir le recueil. « Le célibataire fait plus envie que pitié, sauf aux hommes mariés qui l’imaginent libre alors qu’il n’est que désespéré. dieu sait qu’il faut être désespéré pour manger un Happy Meal le dimanche soir devant sa télé, surtout depuis qu’Anne Sinclair a été remplacée par Michel Drucker ».

Voilà. Bon, je ne regrette pas l’expérience. J’avoue même m’être bien marrée à certains passages. Savoir si j’en relirai… rien de moins sûr. La provoque gratuite, ça va bien 5 minutes, après ça énerve.