Je sers la science et c’est ma joie

J’ai récemment participé, en tant que « volontaire », à une étude scientifique à mon université, et comme c’était majoritairement rigolo, et que c’est pas forcément un truc qu’on fait souvent, ben en voilà un petit compte-rendu.

Tout a commencé il y a quelques mois : j’ai reçu un mail, je ne sais plus par quel biais (peut-être juste parce que je suis étudiante à l’ETH, peut-être parce que je me suis inscrite dans un coin en disant « ouais, je veux bien participer à ce genre de trucs », je sais plus) qui réclamait des volontaires pour une étude sur l’absorption du fer. Pour la plupart des études de ce genre, je ne peux pas être qualifiée parce que je ne suis pas dans les fourchettes de poids « standard ». Mais là, pour le coup, le poids est précisément le facteur dont ils veulent mesurer l’impact, donc du coup je suis dans la fourchette. Je lis le reste des prérequis, ça a l’air de passer pour tout ; je réponds au mail, on m’envoie le descriptif complet de l’étude, on me demande si ça roule toujours, et on me demande de passer au labo pour un premier entretien. Ledit labo est dans le bâtiment d’à côté du « mien » à l’ETH, donc c’est vraiment pas un problème. L’étude complète « initiale » a quatre rendez-vous après le premier rendez-vous : deux petits déjeuners au labo en conditions « contrôlées », une prise de sang quinze jours plus tard, et un passage à l’université pour une mesure de la composition du corps et une mesure de la fonction musculaire.

Je vais au labo, on me réexplique tout ça, on m’explique que je peux arrêter quand je veux, on me demande si j’ai des questions, tout ça. On m’explique aussi qu’il y a peut-être un test supplémentaire, qu’ils attendent l’accord du comité d’éthique, et ils m’expliquent le test supplémentaire : c’est une mesure de volume sanguin. Je lis, je m’inquiète un peu quand on me dit « le truc c’est qu’on va vous faire respirer une petite quantité de monoxyde de carbone », je suis rassurée quand on m’explique le protocole exact. L’accord du comité d’éthique est arrivé quelques jours plus tard.

Vient le moment de la signature : « j’ai bien compris tout ce qu’on m’a expliqué, je suis d’accord pour participer à l’étude, et j’ai bien noté que je pouvais interrompre ma participation à n’importe quel moment ». Avec, en bonus, une question vraiment difficile : « Si par hasard on trouve une information qui peut avoir un impact sur votre santé, est-ce que vous voulez qu’on vous le dise ou pas ? ». C’est dur, comme question. C’est risquer le faux positif. C’est risquer l’angoisse. Et en même temps, s’il y a quelque chose d’inquiétant, il vaut probablement mieux le savoir, non ? J’ai fini par cocher « oui, dites moi ». Mais non sans hésiter.

Quelques semaines plus tard, j’ai bloqué tous les examens et autres sur deux jours (sauf la prise de sang finale qui devait avoir lieu deux semaines plus tard). Premier rendez-vous, premier petit-déjeuner. Le truc affreux, c’est qu’ils veulent contrôler les paramètres au maximum. Du coup, on m’a demandé de ne rien manger après 20h la veille, et de ne rien boire après minuit la veille. En plein mois de juillet, c’est pas super choupi. Je vais au labo, je mange du pain, du beurre et du miel, un verre d’eau., et une bonne dose d’isotopes de fer, que je n’ai d’ailleurs pas vraiment senti. Je me suis demandé s’ils les avaient mis dans la pâte à pain (parce que le pain était pas terrible :P). Et (sans surprise) on me demande de ne rien manger ni boire pendant 3 heures en suivant. Pareil, mois de juillet, dur. PAS DE CAFÉ, dur.

L’après-midi, je me suis trimbalée à l’autre bout de Zürich pour aller faire le test de volume sanguin. En gros, l’idée c’est de respirer dans divers bidules, plusieurs fois. La première fois dans un spiromètre « à vide » pour regarder la valeur initiale de CO. La deuxième fois dans un gros machin qui leur permet d’injecter une dose contrôlée de CO pendant l’expérience – d’abord un test « à vide » pour expliquer le fonctionnement (il faut expirer le plus possible, tourner un petit robinet, et respirer normalement après – et le tout sans faire rentrer d’air « extérieur » au système), et encore une fois dans le spiromètre pour regarder la valeur « après ». Au passage aussi, quelques prélèvements sanguins dans le lobe de l’oreille, pour mesurer l’hémoglobine et ce genre de trucs. C’était pas super agréable de respirer dans le machin, ou de jouer au spiromètre, parce que c’est globalement pas super confortable d’expirer au maximum. J’en ai profité pour demander comment les isotopes étaient administrés, et en fait ils sont en solution, brossés sur le pain. On m’a demandé si j’avais remarqué le goût, j’ai dit non. J’ai aussi signé une version mise à jour du formulaire de consentement – pour prendre en compte la nouvelle étude. La question « et donc, si on trouve un truc ? » avait gagné un nouveau choix : elle était passée de « oui/non » à « oui/non/décidez pour moi ». J’ai re-coché oui.

Le lendemain matin, deuxième petit déjeuner. Toujours difficile de ne rien boire, et de se passer de café. Il y a deux petits déjeuners parce qu’il y en a un supplémenté en vitamine C : le but du jeu est de voir dans quelle mesure l’ajout de vitamine C aide à l’absorption du fer. Pour ça, ils utilisent deux isotopes différents sur les deux petits-déjeuners. Là par contre, que ce soit parce que c’était moins bien réparti, pas le même isotope, ou parce que j’y faisais plus attention, je suis sortie du labo avec un vilain goût métallique dans la bouche.

L’après-midi, je suis allée à l’université pour aller faire les derniers examens. D’abord, mesure de la composition du corps. C’est pas super rigolo, ça implique essentiellement de pas trop bouger pendant qu’on se fait scanner. Le scanner lui-même balance très peu de radiations (ils disaient l’équivalent de passer trois heures dehors). Je dois dire que j’ai pas été super fan de me voir « complète » sur l’écran, ça fait un drôle d’effet (et la vague impression de prendre beaucoup de place :P). Et pour finir, opération « mesure du fonctionnement musculaire ». Là, l’idée, c’est de sauter de plusieurs manières différentes sur une plaque reliée à un ordinateur. Évidemment, le type qui fait la démo est plutôt du genre sportif (FORCÉMENT, S’IL FAIT QUINZE DÉMOS PAR JOUR, ÇA AIDE), et, bon, faut pas avoir honte 😛 On commence le test, tout se passe bien. Et là, on arrive au moment où il faut sauter à cloche-pied sur la plateforme. Première mesure jambe gauche, OK. (Plutôt mieux que dans l’essai avant, où je m’étais rendue ridicule et où j’avais failli me vautrer). Première mesure jambe droite, OK. Deuxième mesure jambe gauche, OK. Deuxième mesure jambe droite… OK… jusqu’au moment où ma cheville a fait un vilain « clac » et un vilain « aïe » 😦 Je m’étais collé une entorse en janvier, et j’avais pas spécialement réfléchi que c’était peut-être pas l’idée du siècle de sauter dessus comme ça 😦 On me file de la glace, je me traîne difficilement jusqu’au tram en râlant, je rentre à la maison.

J’envoie un mail aux responsables de l’étude pour demander exactement quoi faire niveau assurance, on me répond rapidement, le lendemain béquilles, toubib (parce que je pouvais plus marcher). Bref, je gère tout ça, je tiens les responsables de l’étude au courant, je demande si je qualifie toujours vu qu’on m’a filé des anti-inflammatoires et de l’héparine, on me dit « c’est probablement pas optimal, mais ouais, si tu peux quand même revenir pour la dernière prise de sang, ça serait cool ». Je suppose qu’ils préfèrent avoir les données quitte à exclure après plutôt que de ne pas les avoir du tout.

Mercredi, j’ai été faire la dernière prise de sang (en marchant sur mes deux pieds, ça va mieux 🙂 ). Je sais pas si j’ai déjà vu quelqu’un me faire une prise de sang aussi rapidement, d’ailleurs, c’était impressionnant. Pour me remercier de mon temps et de ma participation, j’ai gagné 150CHF, comme prévu initialement. Je devrais avoir mes propres résultats et les résultats de l’étude quand ils seront prêts.

Bref, globalement, c’était plutôt rigolo, comme expérience. Ça m’a permis de voir comment ce genre d’étude se déroulait, comment ils géraient les expériences et les sujets, tout ça. J’ai trouvé ça cool. Ma cheville moins, mais, bon, comparé à ce que le disciple de Léonard prend dans la gueule, je m’en tire plutôt à bon compte, sur le « je sers la science et c’est ma joie »…

2 commentaires sur « Je sers la science et c’est ma joie »

  1. Il faut combien de temps pour les réultats de l’étude ?

    Si ça se trouve, rien de concluant ne sera trouvé, et ils ne publieront pas ; ou bien, pire, le résultat ira à l’encontre de ce que le fabricant de vitamines C commanditaire voudra, et ils l’enterreront ; ou bien, re-pire, le résultat ne leur plaira pas et ils inventeront de nouvelles données ; ou bien, re-re-pire, ils ne vont même pas analyser les données réelles et inventer directement les données qui leur plairont. (Fin du procès d’intention)

    1. On a pas vraiment de date pour les résultats de l’étude. Probablement pas tout de suite parce qu’ils avaient encore des gens en première phase d’étude la semaine dernière. Et pour autant que je sache, ya pas de fabricant de vitamine C commanditaire 😛

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